Le Bateau-Lavoir
l’atelier mythique de Montmartre
D’une bâtisse de bois inconfortable au berceau du cubisme : l’histoire du lieu où Picasso et ses amis ont inventé l’art moderne.
Le Bateau-Lavoir est une cité d’artistes de la butte Montmartre, à Paris, célèbre pour avoir abrité au début du XXe siècle une génération de peintres et de poètes, dont Pablo Picasso. C’est là, vers 1907, qu’il peint Les Demoiselles d’Avignon, œuvre fondatrice du cubisme. Ravagé par un incendie en 1970, le bâtiment a été reconstruit et accueille encore des ateliers d’artistes.
- Cité d’artistes : sur la butte Montmartre, place Émile-Goudeau.
- Un surnom : le nom vient de Max Jacob, ce n’est pas un vrai bateau.
- Berceau du cubisme : Les Demoiselles d’Avignon y sont achevées.
- Toujours debout : reconstruit après l’incendie de 1970.
Sur la butte Montmartre, un nom continue d’évoquer l’effervescence artistique du début du XXe siècle. Le Bateau-Lavoir n’était qu’une bâtisse inconfortable, mais elle a vu naître quelques-unes des idées qui ont bouleversé l’art moderne. Son histoire mêle misère, amitié et création.
Le Bateau-Lavoir, qu’est-ce que c’est ?
Le Bateau-Lavoir est une cité d’artistes située sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, sur l’actuelle place Émile-Goudeau. Au tournant du XXe siècle, ce bâtiment de bois divisé en une vingtaine d’ateliers exigus loue ses logements pour quelques sous. Glacial l’hiver, étouffant l’été, commodités rares : tout y est rudimentaire. C’est précisément ce loyer modeste qui attire les artistes désargentés.
Un mot d’avertissement s’impose, car le nom prête à confusion. Les « bateaux-lavoirs » désignaient aussi, au sens propre, des buanderies flottantes amarrées le long des rivières, où l’on venait laver le linge. Le Bateau-Lavoir de Montmartre, lui, n’a rien d’un bateau : c’est un surnom, et c’est de ce lieu d’artistes qu’il s’agit ici.
D’où vient ce nom étrange ?
Le surnom est attribué au poète Max Jacob, proche de la maison. La bâtisse, tout en planches et en recoins, avec son unique point d’eau et ses passerelles, évoquait pour lui les bateaux-lavoirs amarrés sur la Seine. L’image, moqueuse et affectueuse à la fois, est restée.
Derrière la plaisanterie se cache une réalité : le bâtiment était vétuste et inconfortable. Mais l’inconfort n’a pas découragé ses habitants. Au contraire, la promiscuité et la pauvreté partagée ont nourri une vie de bohème intense, faite de discussions sans fin, d’entraide et de fêtes improvisées.
Les artistes qui ont fait sa légende
Le Bateau-Lavoir n’est pas l’adresse d’un seul homme, mais le carrefour de toute une génération. Picasso y installe son atelier en 1904 et y reste plusieurs années, mais il est loin d’être seul. Autour de lui gravite tout un monde de créateurs, de modèles et de marchands d’art.
Les figures de la toile
Pablo Picasso, mais aussi Georges Braque, Kees van Dongen ou Juan Gris : plusieurs peintres majeurs ont travaillé ou séjourné dans ces ateliers.
Modigliani
Amedeo Modigliani, connu pour ses portraits aux visages allongés, fait partie des artistes passés par la bohème du Bateau-Lavoir.
Apollinaire et Max Jacob
Guillaume Apollinaire et Max Jacob, à qui l’on doit le surnom du lieu, comptaient parmi les écrivains qui animaient les discussions.
Le berceau du cubisme
C’est dans cet atelier que se joue l’un des tournants majeurs de l’art moderne. Vers 1907, Picasso y achève Les Demoiselles d’Avignon, une toile qui rompt brutalement avec la représentation classique. Les corps y sont fragmentés, les visages inspirés de masques, la perspective bousculée. L’œuvre déconcerte d’abord ses propres amis avant d’ouvrir une voie nouvelle.
De ces recherches, menées notamment avec Georges Braque, naît le cubisme. Le Bateau-Lavoir devient ainsi, dans la mémoire collective, le lieu où l’art a appris à représenter le monde autrement. Cette réputation explique qu’on parle souvent du bâtiment comme du berceau de la peinture moderne.
De l’incendie de 1970 à aujourd’hui
Le bâtiment d’origine n’a pas traversé le siècle intact. En mai 1970, un incendie ravage le Bateau-Lavoir, dont il ne subsiste guère que la façade. Le lieu mythique part presque entièrement en fumée, emportant une part matérielle de cette histoire.
La cité est ensuite reconstruite, cette fois en matériaux modernes, pour continuer d’accueillir des artistes. Le bâtiment actuel n’est donc plus la bâtisse de bois de l’époque de Picasso, mais il en perpétue la vocation : offrir des ateliers à des créateurs, sur le lieu même où l’art moderne a pris son essor.
Le Bateau-Lavoir se situe place Émile-Goudeau, sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris. Ce n’est pas un musée mais un lieu de travail occupé par des artistes : depuis la rue, une vitrine et une plaque en racontent l’histoire.
Visiter le Bateau-Lavoir aujourd’hui
Le Bateau-Lavoir ne se visite pas comme un musée : c’est un lieu de travail occupé par des ateliers d’artistes. Depuis la place Émile-Goudeau, une vitrine et une plaque rappellent l’histoire des lieux et les noms qui y sont attachés.
Pour le visiteur, l’intérêt est autant dans le récit que dans la pierre. On vient surtout ressentir l’atmosphère de ce Montmartre des artistes, en imaginant la vie qui animait ces ateliers. C’est une étape naturelle d’une promenade sur la butte, entre ruelles en pente, places ombragées et points de vue sur Paris.
Pourquoi l’appelle-t-on le Bateau-Lavoir ?
Le surnom est attribué au poète Max Jacob. La bâtisse en planches, avec ses passerelles et son unique point d’eau, lui évoquait les bateaux-lavoirs, ces buanderies flottantes amarrées sur la Seine. Le nom, moqueur et affectueux, est resté.
Quels artistes ont vécu au Bateau-Lavoir ?
Picasso y eut son atelier à partir de 1904, mais le lieu réunit toute une génération : Braque, Van Dongen, Juan Gris, Modigliani côté peintres et sculpteurs, Apollinaire et Max Jacob côté poètes, sans oublier marchands d’art et modèles.
Quel rôle le Bateau-Lavoir a-t-il joué dans l’art moderne ?
C’est là que Picasso achève, vers 1907, Les Demoiselles d’Avignon, œuvre qui rompt avec la représentation classique. De ces recherches, menées avec Braque, naît le cubisme. Le lieu est resté comme le berceau de la peinture moderne.
Le Bateau-Lavoir existe-t-il encore ?
Le bâtiment d’origine a été détruit par un incendie en mai 1970, qui n’a laissé que la façade. Il a ensuite été reconstruit en matériaux modernes et accueille toujours des ateliers d’artistes, place Émile-Goudeau à Montmartre.
Peut-on visiter le Bateau-Lavoir ?
Pas comme un musée : c’est un lieu de travail occupé par des artistes. Depuis la place Émile-Goudeau, une vitrine et une plaque racontent son histoire. On vient surtout pour l’atmosphère, lors d’une promenade sur la butte Montmartre.
Le Bateau-Lavoir rappelle qu’un grand moment d’art n’a pas eu besoin d’un grand décor. Quelques ateliers de planches ont suffi à une génération pour réinventer la peinture, et c’est cette mémoire que Montmartre continue d’entretenir.