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Accident de voiture autonome

qui est responsable en France

Trois situations très différentes se cachent derrière la même expression. Ce que montrent les cas connus, ce que valent les données de sécurité, et ce que dit le droit français.

Bloc de capteurs et de caméras monté sur le toit d'un véhicule autonome, dans une rue arborée.
Réponse rapide

Un accident de voiture autonome recouvre trois cas qui n’engagent pas les mêmes responsabilités : une aide à la conduite surveillée, un système automatisé homologué, ou un robotaxi sans conducteur. En France, un texte de 2021 inscrit au code de la route prévoit que le conducteur n’est pas pénalement responsable des manœuvres d’un système exerçant réellement le contrôle du véhicule dans ses conditions d’homologation, et que celle du constructeur peut être recherchée. Avec une simple aide à la conduite, le conducteur reste responsable de bout en bout.

  • Aide à la conduite : vous surveillez, vous conduisez, vous répondez.
  • Système automatisé homologué : exonération pénale possible, sous conditions strictes.
  • Robotaxi : c’est l’exploitant du service qui rend des comptes.
  • Victimes : l’indemnisation passe par l’assurance du véhicule, indépendamment du volet pénal.

Quand un titre de presse annonce un accident de voiture autonome, il recouvre en réalité trois situations qui n’ont presque rien en commun, ni techniquement, ni juridiquement.

« Accident de voiture autonome »

de quoi parle-t-on vraiment

La première situation, et de très loin la plus fréquente sur nos routes, met en jeu une aide à la conduite. Régulateur adaptatif, maintien dans la voie, freinage d’urgence : la voiture agit, mais le conducteur surveille en permanence et reste aux commandes au sens du code de la route. Une Tesla en Autopilot, une berline allemande en assistance d’autoroute, un utilitaire équipé d’un centrage de voie relèvent de cette catégorie. Le système aide, il ne conduit pas à votre place.

La deuxième correspond à la conduite automatisée dite conditionnelle. Le véhicule prend réellement en charge la conduite, mais dans un domaine d’emploi étroit défini par son homologation : type de route, plage de vitesse, conditions météo, parfois un tronçon précisément cartographié. Le conducteur peut relâcher son attention, à la condition stricte de reprendre la main quand le système le lui demande. Ces véhicules existent, ils restent rares, et leurs conditions d’usage sont plus serrées que ne le laisse entendre la communication commerciale.

La troisième, ce sont les robotaxis, exploités sans conducteur à bord dans des zones cartographiées, essentiellement aux États-Unis et en Chine. Là, il n’y a personne à qui reprocher une inattention : c’est l’exploitant qui répond du service.

Cette distinction n’a rien d’un détail de vocabulaire. Elle décide de qui doit s’expliquer après le choc.

SituationQui conduitQui répond du choc
Aide à la conduite (assistance surveillée)Le conducteur, en permanenceLe conducteur, comme sur une voiture sans assistance
Système de conduite automatisée homologué, actif dans ses conditionsLe système, sur son domaine d’emploiExonération pénale du conducteur possible ; responsabilité du constructeur recherchable
Robotaxi sans conducteur à bordLe système, sous supervision de l’exploitantL’exploitant du service, devant les autorités de transport

Les accidents qui ont fait bouger les règles

Deux affaires ont durablement marqué le secteur, et chacune a produit des obligations nouvelles.

Tempe, 2018

une défaillance en chaîne

En mars 2018, à Tempe en Arizona, un véhicule d’essai d’Uber circulant en mode automatisé a percuté et tué une piétonne qui traversait la chaussée hors passage protégé, de nuit. Un opérateur de sécurité était présent à bord.

L’enquête du NTSB, le bureau fédéral américain d’enquête sur les accidents de transport, n’a pas conclu à une simple défaillance de capteur. Elle a décrit un enchaînement : un système qui a bien détecté un objet sur la trajectoire mais a hésité sur sa classification et sur la réaction à adopter, un freinage d’urgence automatique désactivé pendant les essais pour éviter les déclenchements intempestifs, une opératrice qui n’a pas surveillé la route comme sa mission l’exigeait, et une culture de sécurité insuffisante côté exploitant. Une chaîne de décisions humaines, donc, autant qu’un problème de logiciel.

Le programme d’essais a été suspendu dans toutes les villes concernées, et les recommandations issues de cette enquête ont porté largement sur l’encadrement des essais sur voie ouverte et sur la surveillance des opérateurs.

San Francisco, 2023

le problème du signalement

Le 2 octobre 2023, à San Francisco, une piétonne a d’abord été renversée par une voiture conduite par un humain, avant d’être projetée sur la trajectoire d’un robotaxi Cruise. Le véhicule sans conducteur l’a heurtée puis, en tentant de se ranger, l’a traînée sur plusieurs mètres à faible allure.

Ce qui a fait basculer l’affaire, c’est la suite. L’exploitant n’a pas transmis aux autorités une description complète de la séquence. Le régulateur californien a suspendu l’autorisation de circulation sans conducteur, le service a été interrompu, et l’autorité fédérale de sécurité routière a obtenu, dans le cadre d’un accord, le paiement d’une pénalité de 1,5 million de dollars pour manquement aux obligations de déclaration, assorti d’un plan de mise en conformité. Dans ce secteur, un accident mal déclaré coûte plus cher que l’accident lui-même.

Moins d’accidents que les humains ? Ce que disent les données

Les exploitants américains de flottes sans conducteur publient des bilans de sinistralité, parfois construits avec des réassureurs et soumis à relecture scientifique. Ces travaux vont dans le même sens : nettement moins de sinistres en dommages matériels que le référentiel de conducteurs humains retenu sur les mêmes zones, et des sinistres corporels devenus rares sur les millions de kilomètres parcourus en mode sans conducteur.

Ces résultats se lisent avec quelques réserves, rarement mentionnées.

Ces flottes roulent dans un domaine d’emploi choisi : des villes cartographiées au centimètre, un climat souvent clément, des vitesses urbaines modérées, des itinéraires que le système peut refuser. Un conducteur humain, lui, roule partout, par tous les temps, y compris fatigué à deux heures du matin sur une départementale verglacée. La comparaison n’oppose donc pas deux conducteurs dans les mêmes conditions.

Comparaison

Un référentiel humain variable

La base de comparaison change d’une étude à l’autre : accidents déclarés à l’assurance, accidents avec blessés, zone géographique retenue. Selon le choix, l’écart annoncé varie fortement.

Source

Des données produites par l’opérateur

Les kilomètres, les incidents et leur qualification sont collectés par l’entreprise qui exploite la flotte, même quand la méthode est relue par des tiers indépendants.

Statistique

Des événements rares à mesurer

Les accidents graves sont statistiquement peu fréquents. Il faut beaucoup de distance parcourue avant qu’un écart devienne solide, et ces flottes restent jeunes.

Un point revient en revanche dans les rapports d’accidents publiés : une bonne partie des chocs impliquant ces véhicules sont des collisions où le véhicule automatisé est percuté, souvent par l’arrière. Un système qui respecte scrupuleusement les distances et les priorités surprend les conducteurs humains habitués à autre chose.

Qui est responsable en cas d’accident, en France

La France a tranché la question avant que ces véhicules ne se répandent. Une ordonnance du 14 avril 2021, complétée par un décret d’application du 29 juin 2021, a inscrit aux articles L. 123-1 et suivants du code de la route un régime de responsabilité pénale propre à la conduite automatisée.

Le principe : le conducteur n’est pas pénalement responsable des infractions résultant d’une manœuvre du véhicule pendant que le système de conduite automatisée exerce le contrôle dynamique, à condition que les conditions d’utilisation prévues par l’homologation soient respectées. Cette exonération n’est pas un blanc-seing. Elle tombe si le conducteur ne reprend pas le contrôle alors que le système le lui demande, s’il n’est pas en état de le faire, ou s’il utilise le système hors de son domaine d’emploi. Le texte prévoit par ailleurs que la responsabilité pénale du constructeur puisse être recherchée.

Deux précisions méritent d’être posées nettement. D’abord, tout cela ne concerne que les systèmes homologués exerçant réellement le contrôle du véhicule : une aide à la conduite ordinaire, celle qui équipe la quasi-totalité du parc, laisse le conducteur pleinement responsable, quoi qu’il croie avoir activé. Ensuite, l’indemnisation des victimes ne dépend pas de ce débat pénal : le régime français d’indemnisation des accidents de la circulation continue de s’appliquer, et c’est l’assurance du véhicule qui intervient auprès des victimes, quitte à se retourner ensuite contre qui de droit.

Déclarez le mode d’assistance actif

Mentionner sur le constat quel système était engagé au moment du choc n’est pas un détail : cette information oriente l’instruction du sinistre par votre assureur et la reconstitution des faits. Les conditions applicables aux accidents survenus en conduite assistée varient d’un contrat à l’autre : seules les vôtres, et votre assureur, font foi. Les textes cités ici sont consultables sur Légifrance, et une situation personnelle relève d’un professionnel du droit.

Comment un accident impliquant un système automatisé est analysé

Sur un accident classique, l’enquête s’appuie sur les traces, les dégâts, les témoignages. Ici s’ajoute une source qui change tout : la mémoire du véhicule.

Les voitures neuves vendues dans l’Union européenne embarquent un enregistreur de données d’accident, qui conserve sur une fenêtre très courte autour du choc les paramètres essentiels : vitesse, freinage, angle de braquage, port de la ceinture, déclenchement des airbags. Les véhicules dotés d’un système de conduite automatisée homologué doivent en plus garder la trace de l’état du système, des sollicitations de reprise en main adressées au conducteur et du moment exact où le contrôle a basculé.

C’est ce dernier point qui arbitre la question centrale. Savoir qui conduisait à l’instant du choc n’est plus une affaire de déclaration : c’est une donnée horodatée. S’y ajoutent, pour les exploitants de flottes, des obligations de déclaration des accidents aux autorités de sécurité routière, dont l’affaire Cruise a montré le poids réel.

Les réflexes utiles si votre voiture vous assiste déjà

Vous ne conduisez probablement pas un robotaxi. Vous conduisez sans doute une voiture qui vous assiste, et c’est précisément là que les malentendus se paient.

Commencez par savoir ce que vous avez à bord. Le nom commercial d’un système ne dit rien de son niveau réel : lisez ce que la notice décrit comme domaine d’emploi, et surtout ce qu’elle exclut. Tant que le constructeur vous demande de surveiller, vous surveillez, et vous restez le conducteur au sens de la loi. Mains disponibles, regard sur la route, esprit dans la voiture : les enquêtes sur les accidents en mode assisté décrivent presque toujours le même schéma, celui d’une confiance excessive dans un système qui n’avait jamais promis autant qu’on a cru y entendre.

  1. Sécuriser avant tout

    Balisez, protégez les occupants et les autres usagers, alertez les secours si quelqu’un est blessé. Le reste attend.

  2. Noter le mode actif sur le constat

    Indiquez explicitement quel système d’assistance était engagé au moment des faits, et depuis combien de temps si vous le savez.

  3. Photographier la scène et le tableau de bord

    Les alertes affichées à l’écran et l’état des commandes complètent utilement les photos classiques des véhicules et de la chaussée.

  4. Ne rien réinitialiser

    Évitez les manipulations du système et les mises à jour tant que le sinistre n’est pas instruit : les données enregistrées peuvent être déterminantes.

  5. Prévenir l’assureur sans tarder

    Déclarez le sinistre dans les délais de votre contrat et demandez ce qu’il prévoit pour les accidents survenus en conduite assistée.

Si un accident survient pendant que ma voiture roule en mode assisté, suis-je responsable ?

Avec une aide à la conduite ordinaire, oui : vous êtes le conducteur, vous devez surveiller en permanence, et votre responsabilité reste entière. Le régime d’exonération pénale inscrit au code de la route vise uniquement les systèmes de conduite automatisée homologués qui exercent réellement le contrôle dynamique du véhicule, utilisés dans leurs conditions prévues.

Le constructeur peut-il être poursuivi après un accident ?

Le régime français issu de l’ordonnance du 14 avril 2021 prévoit que sa responsabilité pénale puisse être engagée lorsque l’accident survient alors que le système exerçait le contrôle du véhicule dans des conditions conformes. Cela ne signifie pas qu’elle le sera automatiquement : chaque affaire suppose une enquête, où l’analyse des données enregistrées à bord joue un rôle central.

Les voitures autonomes ont-elles vraiment moins d’accidents que les humains ?

Les bilans publiés par les exploitants de flottes sans conducteur, parfois avec des réassureurs, annoncent une baisse importante des sinistres. Ces chiffres portent sur des zones urbaines cartographiées, à vitesse modérée, par météo souvent favorable, et sont produits par les opérateurs eux-mêmes. Ils ne se transposent ni à la conduite française ordinaire, ni à une voiture de série équipée d’aides à la conduite.

Comment prouve-t-on que le système conduisait au moment du choc ?

Par les données du véhicule. Les voitures neuves vendues dans l’Union européenne embarquent un enregistreur de données d’accident, et les véhicules dotés d’un système de conduite automatisée homologué conservent en plus l’état du système : activation, demandes de reprise en main, instant du basculement de contrôle.

Peut-on circuler en voiture vraiment autonome en France aujourd’hui ?

Le cadre juridique existe depuis 2021, mais l’offre reste très limitée : les systèmes homologués capables de conduire à votre place le font sur un domaine d’emploi étroit, généralement autoroutier et à vitesse réduite. Aucune voiture vendue au grand public ne permet de se désintéresser de la route en toutes circonstances.

La question de la responsabilité se déplace lentement du conducteur vers le système, mais seulement là où le système conduit vraiment. Pour tout le reste du parc, c’est-à-dire la quasi-totalité des voitures en circulation, la règle n’a pas changé d’un pouce.